Tout en me livrant à ces réflexions cambriolo-philosophiques, je ne quittais pas de l'œil mon voleur et la jeune femme qui était assise à côté de lui. Cet homme portait ma fortune sur lui et j'étais prêt à tout tenter pour la lui reprendre... à tout, même au crime... Il est vrai que je pourrais, pour ce qui était de cette dernière solution, avoir recours à Manzana qui ne devait pas être un novice en la matière, si je m'en référais à l'opinion de la dame au manteau de loutre, entrevue aux Champs-Elysées.
XI
OU JE ME DÉCIDE A BRUSQUER LES CHOSES
Lorsque le vieux monsieur et la jeune dame se levèrent, je fis un signe à Manzana et nous leur emboitâmes le pas.
Ils n'allèrent pas loin. A cinquante mètres du café se trouve l'hôtel d'Albion. Ils y entrèrent.
La «filature» devenait difficile, car nous ne pouvions, Manzana et moi, sales comme nous l'étions, pénétrer dans le hall où l'on apercevait un domestique en culotte courte, raide et grave comme un bonhomme en cire.
J'eus par bonheur une inspiration. Roulant à la hâte mon mouchoir dans un journal, je confectionnai un petit paquet que je tins ostensiblement à la main, et me précipitai vers le bureau de l'hôtel, en disant:
—C'est bien le locataire du 21 qui vient de rentrer avec une jeune femme, n'est-ce pas?... J'ai là quelque chose pour lui...
—Non, répondit d'un ton maussade une vieille caissière aux cheveux acajou, ce n'est pas le no 21 qui vient de rentrer... C'est le 34... vous faites erreur... En tout cas, si vous avez un paquet à remettre au 21, laissez-le à la caisse.