J'avais, rapidement, en apercevant le vieux monsieur, tourné la tête du côté de la muraille et Manzana avait porté la main à son visage.

Cette précaution était, je crois, bien inutile, car le voyageur n'eut même pas l'air de nous remarquer.

Nous traversâmes à pas comptés le vestibule encombré de bagages et de porteurs, mais une fois dehors, nous nous mîmes à courir comme des fous, dans la direction d'un pont, et cinq minutes après, nous étions de l'autre côté de la Seine.

Alors, seulement, nous respirâmes et, ce fut plus fort que nous, nous nous mîmes à rire aux éclats. Une grosse dame qui passait se figura sans doute que nous nous moquions d'elle et nous traita d'insolents en nous décochant un regard indigné, mais nous ne crûmes pas nécessaire de nous excuser. Nous engageant rapidement dans une rue bordée de docks et de magasins, nous pûmes enfin échanger nos impressions.

—Hein? me dit Manzana, je crois que cela a été bien joué.

—Supérieurement, mon cher... et je tiens à vous adresser tous mes compliments pour la façon merveilleuse dont vous avez bâillonné et ficelé nos voleurs... Sans vous, je le reconnais, je n'aurais pu mener à bien cette petite expédition.

—Bah! J'ai fait ce que j'ai pu... Il ne s'agissait pas de lambiner... nous jouions notre liberté.

—Et notre fortune...

—Oui... et notre fortune... mais je crois qu'il serait bon de nous tenir sur nos gardes, car la police va s'occuper de cette affaire et commencer une enquête...

—Evidemment... A Paris ce petit drame passerait presque inaperçu, mais ici, il va prendre des proportions colossales. La ville va être sens dessus dessous...