—Et moi donc? J'ai hâte de filer, croyez-le... nous commençons à connaître trop de monde ici: le cocher, la débitante, le pasteur, le commissaire de police...
Nous nous apprêtions à sortir, quand je fis remarquer à Manzana qu'il serait peut-être prudent de lire un peu les journaux.
Il approuva cette idée et nous envoyâmes chercher, par le groom à grosse tête, le Fanal de Rouen. J'étais curieux de savoir si cette feuille parlait de notre petite expédition de la veille. Je ne tardai pas à être fixé, mais ce que je lus me plongea dans un abîme d'étonnement.
—Ecoutez, dis-je à Manzana.
Sous le titre: «Le Mystère de l'hôtel d'Albion», on racontait ce qui suit:
«Hier, dans notre ville d'ordinaire si paisible, depuis que les nombreux indésirables qui l'habitaient se sont réfugiés au Havre, un drame mystérieux s'est déroulé à l'Hôtel d'Albion, où l'on a découvert, dans la chambre no 34, un homme et une femme bâillonnés et ligotés, à n'en pas douter, par des mains expertes...»
Je regardai Manzana:
—Voilà, dis-je, un compliment à votre adresse...
—Oui... oui... continuez, fit mon associé d'un ton bourru.
«... par des mains expertes. Délivrés immédiatement et soignés par un médecin que l'on avait fait appeler, ils ont déclaré avoir été attaqués par deux individus dont ils ont donné un signalement détaillé et sur la piste desquels notre intelligent chef de la Sûreté s'est lancé aussitôt. Grâce aux renseignements précis qu'il n'a pas tardé à recueillir, nous avons tout lieu d'espérer que les deux bandits seront arrêtés aujourd'hui.»