—Oh! ce n'est que cela, s'écria-t-elle. Ce n'est pas bien beau... Enfin, puisque ça porte chance.
Je cassai le caillou au moyen d'un marteau et j'obtins ainsi deux éclats. J'en donnai un à ma maîtresse et serrai l'autre précieusement dans le petit sachet d'où j'avais préalablement enlevé le diamant.
J'avais mis le Régent dans mon porte-monnaie, mais il était indispensable que je trouvasse une cachette plus sûre, car Edith, curieuse comme toutes les femmes, ne manquerait certainement pas de le découvrir...
Où le mettre, grand Dieu!
J'eus l'idée de le coudre dans la doublure de mon gilet ou dans la ceinture de mon pantalon, mais j'y renonçai... la doublure pouvait se déchirer, s'user au frottement, et je risquais de perdre mon trésor.
Je songeai aussi à le dissimuler, dans notre chambre, sous une lame de parquet, à l'introduire entre deux briques de la cheminée ou à le loger tout en haut de l'armoire à glace, mais je reconnus que ces cachettes n'offraient aucune sécurité. Une bonne de l'hôtel pouvait le découvrir, et il était à présumer qu'elle ne m'aviserait point de sa trouvaille.
Et pourtant, il fallait le dissimuler, coûte que coûte.
Le lecteur s'étonnera sans doute de ce surcroît de précautions et se demandera probablement pourquoi je n'avais point jugé à propos de tout révéler à Edith.
Hélas! l'expérience m'a appris que les femmes sont incapables de garder un secret. De plus, je ne pouvais avouer à ma maîtresse, qui me croyait un gentleman, que je n'étais qu'un vulgaire cambrioleur.
Edith avait des principes. Elle se disait la nièce d'un pasteur, et bien qu'elle eût suivi une voie que la morale réprouve, elle n'en demeurait pas moins très «honnête»—au sens large du mot. Elle n'admettait point que l'homme qui doit, en toute chose, donner l'exemple à la femme, pût se laisser aller à commettre une mauvaise action, même pour conquérir la fortune.