Et, à voix basse, je glissai notre adresse au chauffeur qui partit sur-le-champ.
Quand il eut disparu, je donnai à Manzana une petite tape sur l'épaule et lui dis d'un ton conciliant:
—Voyons, mon ami, à quoi bon faire du scandale... et affoler une femme... Je vous croyais plus galant, ma parole...
—Il s'agit bien de galanterie... je voudrais vous voir à ma place... Ah! c'est ainsi que vous m'avez plaqué!
—Pardon, mon cher, s'il y en a un des deux qui a plaqué l'autre, c'est vous ce me semble...
—Oh! n'essayez pas de jouer sur les mots... je ne suis pas un imbécile... Vous croyez donc que je n'ai pas deviné votre manège?... Vous vous êtes tout simplement entendu avec cette canaille de capitaine pour me faire expulser du bateau...
—Vous dites des bêtises, Manzana... la fureur vous égare... Vous vous êtes conduit comme un niais.
—Soyez poli, n'est-ce pas? Je ne suis point d'humeur à me laisser insulter par un gredin de votre espèce...
—Calmez-vous, je vous prie, et raisonnez un peu... Grâce à moi, vous étiez embarqué sur un bateau qui nous emmenait en Angleterre... or, vous vous rappelez à quelles conditions on nous avait acceptés, vous et moi. Nous n'étions pas des passagers, mais de simples matelots... bien moins, des manœuvres, des domestiques... Vous, vous étiez affecté au service de la cale, moi, à celui du pont.
—Oui, bien entendu, vous m'aviez fait reléguer à fond de cale, afin de pouvoir vous enfuir plus facilement, au premier arrêt...