Déjà, on entendait, en bas, un bruit de voix dans le vestibule.
—A moi! à moi!... ne cessait de crier Edith tout en se rhabillant.
Guidé par ses cris, un énorme policeman accompagné d'un chauffeur de taxi, monta jusqu'à notre palier.
—Eh bien... qu'y a-t-il? s'écria l'agent en se précipitant sur moi... vous voulez faire violence à madame?...
J'eus toutes les peines du monde à lui faire entendre qu'il faisait erreur. Il fallut qu'Edith s'en mêlât, mais alors le policeman qui n'avait pas l'esprit très ouvert ne comprit plus rien du tout... Quand il commença à saisir quelque chose de cette histoire, le chauffeur embrouilla tout...
—Venez avec moi au poste, dit l'agent... nous allons voir à tirer cette affaire-là au clair.
J'essayai de persuader à ma maîtresse que ma présence était inutile et compliquerait tout, mais elle insista pour que je vinsse déposer avec elle.
Le poste se trouvait tout près de là, dans Wardour Street. Un constable grincheux reçut la déposition d'Edith, puis la mienne, et il avoua ne rien comprendre à cette affaire... Il finit par en déduire que je vivais en concubinage avec Edith et que le mari de cette dernière, me croyant riche, avait, en compagnie de deux malandrins, essayé de me faire chanter.
Pendant qu'il inscrivait mes réponses sur un registre placé devant lui, un gentleman des plus corrects, au visage rasé, aux habits d'une coupe impeccable, était entré dans la pièce et s'était assis sur une chaise, tout près de la porte. Il avait déplié un numéro du Times et demeurait immobile, la moitié du corps cachée par le journal. Il faut croire cependant que notre affaire le captivait plus que la lecture du Times, car lorsque nous nous apprêtâmes à sortir, Edith et moi, il se leva brusquement et, après nous avoir salués avec la plus exquise politesse, me dit en souriant:
—C'est très curieux cette aventure... oui, très curieux... elle m'intéresse énormément et je vais m'en occuper... Vous avez affaire, monsieur Pipe, à de rusés gredins dont le signalement correspond exactement à celui de deux malfaiteurs de ma connaissance... Quant au troisième, il me semble jouer, dans tout cela, un rôle assez singulier... Rentrez chez vous... Je vais vous suivre et si, comme je le crois, vos ennemis rôdent toujours autour de votre maison, je saurai bien les reconnaître. En tout cas, continuez à vaquer à vos affaires comme si de rien n'était... je veille sur vous.