Toutefois, l'heure est venue de sortir de ma tour d'ivoire, d'abord parce que, retiré des affaires, j'ai désormais quelques loisirs et, ensuite, parce que la prescription m'est acquise et que ma liberté n'aura pas à souffrir des aveux que je pourrai faire.
Donc, on s'est beaucoup occupé de moi sans me nommer jamais. Néanmoins, mes «exploits» offrent tous un trait caractéristique auquel il est aise de les reconnaître.
Ce trait est justement leur anonymat.
Tous les grands vols, cambriolages et autres coups d'audace dont l'auteur est demeuré inconnu, tous ceux-là sont de moi.
Je peux bien le dire aujourd'hui, puisque la justice ne me fera plus l'honneur de s'occuper de mon humble personne.
Je me ferai cependant un devoir d'exposer par le détail mes façons de procéder.
Cette relation sera, je l'espère, de grand enseignement, car ne s'improvise pas cambrioleur qui en a fantaisie.
C'est mieux qu'un métier, c'est un sacerdoce. Ses fidèles sont de grands méconnus. Le cambrioleur n'est-il point, comme l'a si bien dit Stevenson, le seul aventurier qui nous reste ici-bas?... Songez donc à la lutte incessante qu'il livre, un contre tous, seul contre la société civilisée tout entière. Et le courage donc? Avouez qu'il en faut une jolie dose pour s'introduire la nuit dans une maison, crocheter une serrure, forcer une porte sans savoir ce que l'on trouvera derrière... Ah! on paye souvent bien cher, vous pouvez me croire, les quelques bénéfices que l'on retire de telles expéditions.
La suite de ce récit me donnera raison ou tort, mais j'ai conscience d'accomplir une œuvre de justice en réhabilitant un art que trop de maladroits ont compromis et que l'aveuglement des masses a taxé stupidement d'infamie.
Mais, m'objectera-t-on, pourquoi vous, un sujet anglais, êtes-vous venu vous faire la main en France?