—Eh! quoi, lui dis-je, vous êtes ici?
—Vous le voyez...
—Pour longtemps?
—Deux ans.
—Seulement?
—Vous trouvez que ce n'est pas suffisant?... Deux ans de «hard labour» pour une paire de boucles d'oreilles, je trouve au contraire que c'est bien payé.
Et le jeune homme, profitant de ce que le gardien qui nous surveillait s'était approché de la fenêtre, me confia brièvement son aventure...
—Certes, dit-il à voix basse, depuis que je «travaille», j'ai bien mérité vingt ans de Tread-Mill, mais on ne m'a jamais inquiété pour les autres «affaires»... Il a fallu que je me fasse prendre bêtement chez un bijoutier de Russel street, un vieux juif rusé comme un renard... Je dois vous dire que j'ai une petite amie, une ravissante «girl» qui a nom Maisie... Je l'aime à la folie, ce qui est assez naturel, et lui fais de temps à autre quelques petits cadeaux, sans bourse délier, bien entendu. Mais vous, qui êtes de la partie, vous savez comme moi que ces cadeaux-là coûtent souvent fort cher... et la preuve, c'est que je suis ici pour deux ans!... Bref, j'étais entré chez ce juif qui s'appelle Manassé, dans l'intention de choisir un cadeau pour Maisie, dont c'était la fête, le lendemain. Après m'être fait montrer des bracelets, des bagues et des pendentifs, j'arrêtai mon choix sur une superbe paire de boucles d'oreilles et, profitant d'un moment où le marchand avait le dos tourné, je la mis vivement dans ma poche. Par malheur, le vieux grigou avait aperçu mon geste dans une glace. Il ne dit rien, mais m'enferma dans sa boutique et alla chercher un policeman.
—Vous n'avez pas eu l'idée de vous débarrasser des boucles d'oreilles?
—Non... car cela a été si vite fait que je n'y ai vu que du «bleu». D'ailleurs, je croyais toujours le père Manassé derrière moi, dans une petite pièce attenant à la boutique... J'ai donc été pris, en flagrant délit... jugé, condamné... et voilà...