D'ailleurs, qu'avais-je à craindre?... De deux choses l'une: ou mon codétenu parviendrait à s'emparer de mes bottines, ou cela lui serait impossible... Il n'aurait certainement pas l'idée de regarder dans le «talon droit»... Il n'y avait qu'une chose à craindre: c'était qu'il ne se fît pincer, mais il saurait probablement déjouer la surveillance des gardiens. Une fois en possession de ma précieuse chaussure, je retirerais du talon le diamant qui s'y trouvait caché et le dissimulerais habilement dans quelque coin de ma cellule...
Quant au projet d'évasion, j'y songerais ensuite, mais rien n'était moins sûr que sa réussite.
Ma foi, tant pis!... le principal était, pour l'instant, de rentrer en possession de mon diamant!
Ah! avec quelle joie je le palperais de nouveau!... Avec quel bonheur je le regarderais, la nuit, dans ma cellule, à la lueur de la petite ampoule placée près de mon lit!... Cette fois, j'en étais sûr, personne ne viendrait me le prendre, car je lui trouverais une petite cachette bien close, une petite niche invisible...
Il me semblait que je supporterais tout sans me plaindre, que je «pédalerais» même avec une joie féroce, si je pouvais retrouver mon Régent...
Ce serait certes la première fois que l'on verrait un «détenu millionnaire» faire tourner la roue de Reading...
Oui, mais voilà!... si toute évasion était impossible, aurais-je la force de supporter quatre ans encore les tortures du «hard labour»?
Chaque jour, j'encourageais mon codétenu, qui s'appelait Crafty, en faisant allusion à notre fuite prochaine... Je lui tenais, comme on dit, la dragée devant les lèvres et il était prêt à tout tenter pour s'emparer de mes chaussures. Malheureusement, le temps passait, je voyais arriver le moment où on me renverrait en cellule et les recherches de Crafty n'avaient encore donné aucun résultat.
Enfin, l'avant-veille du jour où l'infirmier-chef allait signer mon exeat, Crafty me dit, le soir, à son retour des ateliers:
—Je sais enfin où sont vos bottines, mais il m'est impossible de m'en emparer... car on les a enfermées à clef dans un casier à claire-voie...