Il remarqua sans doute le peu d'attention que je prêtais à ses discours, car il ne revint plus et je m'aperçus qu'à partir du jour où il cessa ses visites, les gardiens se montrèrent immédiatement plus sévères et plus injustes. Sans doute leur avait-il confié que j'étais un individu de la plus basse espèce, un de ces criminels endurcis que la religion elle-même est impuissante à relever.
Je fus dès lors classé dans la catégorie des «sauvages» et traité comme un vulgaire Botocudo.
Un jour, je m'en souviens, le directeur de la prison vint me voir dans ma cellule.
C'était un gentleman en jaquette noire et gilet blanc, très haut sur jambes et affligé d'un tic ridicule de la face.
—Numéro 33, me dit-il, en clignant de l'œil et en ramenant sa bouche vers son oreille... vous êtes, paraît-il, un incorrigible...
Son œil reprit sa place normale, mais sa bouche fut agitée d'un petit mouvement de gauche à droite qui me fit pouffer de rire.
Il me regarda sévèrement, cligna de l'œil encore une fois et s'en alla furieux, en disant:
—Numéro 33..., vous êtes un cynique personnage et... vous finirez mal... je vous le prédis...
—Good bye! lui criai-je, en continuant de rire aux éclats...
Je ne devais certainement pas jouir de toute ma raison, car autrement, j'eusse reçu avec plus de courtoisie ce pauvre homme qui remplissait, somme toute, une pénible mission...