—Alors, je ne sais pas plus que vous ce qu'elles sont devenues...
Le directeur qui ne m'avait jamais pardonné de lui avoir ri au nez, lors de notre première entrevue, me regarda en clignant de l'œil et en faisant aller sa bouche d'une oreille à l'autre (tic qui lui était familier et que la colère semblait exagérer encore) puis, il me menaça gravement de son index en bégayant:
—Prenez garde!... sacripant!... prenez garde!...
Je courbai la tête sans répondre.
Il sortit, suivi de ses deux subordonnés, et je l'entendis qui disait, dans le couloir:
—Ce n'est pas fini, cette affaire-là... non, ce n'est pas fini... Il faudra bien que je la tire au clair...
Je devinai sans peine ce qui s'était passé. Le pauvre Crafty, dans son délire, avait dû parler, un gardien avait surpris ses paroles et «en avait référé» au directeur, qui avait immédiatement ordonné une enquête. Elle avait abouti à la constatation que l'on sait et, maintenant, tout le personnel de Reading cherchait mes bottines...
Cet incident n'était pas fait, on le suppose, pour hausser la moyenne de mes notes et me valoir la «cote d'amour» sur laquelle comptait le pasteur. Je m'aperçus que l'on redoublait de surveillance et qu'un œil était continuellement fixé sur moi, un œil vert, sans éclat, mauvais et sinistre, qui me donnait le frisson.
—Cela va mal pour vous, mon fils, me dit le pasteur à quelque temps de là... Je viens de consulter votre dossier et je me suis aperçu qu'on y avait ajouté quelques lignes vraiment regrettables... Je doute que, maintenant, nous puissions obtenir facilement votre libération conditionnelle... C'est dommage!... Oui, c'est vraiment dommage, car l'affaire était en bonne voie, et vous arriviez presque en tête de liste... Ah! quel malheur, mon Dieu, quel malheur!... vous n'aviez plus que quelques mois à attendre!...
Le plus navré, c'était certainement moi, et je tombai, à partir de ce jour, dans un douloureux abattement...