Pickmann me regardait avec deux yeux inquiets... Supposait-il que je ne lui disais pas la vérité?... Se méfiait-il de moi?
Il crut devoir, pour se concilier mes bonnes grâces, jouer une petite scène d'attendrissement qui était assez nature.
—Mon bon Colombo, dit-il, vous savez l'amitié que Mme Pickmann et moi avons pour vous... nous sommes prêts à tous les sacrifices pour assurer votre avenir et celui de votre famille... Voyons, parlez-moi franchement, comme à un ami... Ne craignez pas de vous confier à moi... Je sais que Master Ross est votre chef et que vous lui devez obéissance, mais cet homme ne fera jamais pour vous ce que je suis disposé à faire... Il vous donne des gages ridicules, il abuse de vous...
Ici, Pickmann s'interrompit, cherchant ses mots, puis, il reprit:
—Entre le capitaine et moi, vous ne devez pas hésiter... Il est votre maître, mais moi, je suis votre ami... Dites-moi la vérité, toute la vérité, et je vous jure que ce que vous me confierez ne sera point répété... Master Ross vous a défendu de parler, n'est-ce pas?...
—Je vous assure...
—Si... si, il vous a défendu de parler, il vous a intimidé, menacé, mais vous n'avez rien à craindre... vous pouvez tout me dire... Qu'il y ait un passager à bord, cela m'est égal, mais je veux le connaître...
—Je vous donne ma parole que personne ne se cache sur ce navire... on vous a mal renseigné... ou plutôt on a cherché, dans un but que je ne puis comprendre, à jeter le trouble dans votre esprit...
Pickmann parut très embarrassé.
—C'est bien, dit-il... mais, vous savez, vous ne m'avez pas convaincu...