UN COUP DE TRAFALGAR
Je ne sais à combien de milles nous étions des Canaries, quand un matin, nous commençâmes à danser de façon inquiétante. J'ouvris le hublot de ma chambre et observai la mer. La brise s'était levée. Le ciel, qui s'assombrissait de plus en plus à l'horizon, passait rapidement du gris plombé à la nuance terne de l'étain.
Par instants, de petites langues de feu couraient entre les nuages; des vagues marbrées d'écume blanche se poursuivaient sans relâche et l'eau prenait une teinte sinistre.
C'était le gros temps qui s'annonçait.
Bientôt, le vent se mit à chanter, puis à ronfler comme un orgue géant, chassant devant lui des fumées d'embruns. Les lames s'élevaient de plus en plus, et venaient s'abattre en claquant contre la coque du Sea-Gull.
Je refermai le hublot par lequel venait de pénétrer un paquet de mer.
—Ça beaucoup mauvais, missié Colombo, me dit Zanzibar, qui se tenait derrière moi... ti vas voir tout à l'heure.
Sur le pont, on entendait des pas précipités et la voix du capitaine Ross qui hurlait comme un fou:
—Up stairs, topmen! haul down topsails... lash up! Make haste!