—Oui, Edith, nous sommes heureux... et vous avez raison, il faut oublier le passé... Figurons-nous que nous avons fait un mauvais rêve.
Nous étions devant la maison où ma maîtresse allait reporter ses blouses.
—Renvoyez votre taxi, dit-elle, car je vais peut-être en avoir pour un certain temps... Il m'arrive quelquefois de poser une heure avant de pouvoir remettre mon ouvrage... ensuite, il faut que je fasse établir mon bon pour passer à la caisse, et ces messieurs ne sont jamais pressés.
—Inutile de passer à la caisse, Edith... Laissez-leur les quelques francs que vous devez toucher... Nous n'avons plus besoin de cela maintenant.
—Non, Edgar... j'ai travaillé, j'entends être payée. Pourquoi laisser mon argent à ces gens-là?... Et puis, j'y tiens à cet argent... c'est le dernier que j'aurai gagné de mes mains, je veux le conserver... J'ai idée qu'il me portera bonheur...
—C'est bien... je vous attends.
—Renvoyez votre taxi.
Je me contentai de sourire... Est-ce qu'un millionnaire regarde à quelques misérables francs?
Edith pénétra dans la maison, s'engagea dans un long couloir... et je suivis un instant sa gracieuse silhouette... Quand je l'eus perdue de vue, je me calai dans la voiture, les pieds sur le strapontin, allumai un cigare et me pris à réfléchir.
Tout jusqu'à présent semblait me favoriser... J'étais riche, j'avais retrouvé ma maîtresse... que pouvais-je désirer de plus? Mais une ombre passa subitement sur mon bonheur... Je venais de sentir sous ma main le diamant maudit qui avait bouleversé ma vie...