J'avais tout prévu, en effet, mais l'objection d'Edith venait cependant de me troubler... Toute la nuit, je réfléchis, et pesai, comme on dit, «le pour et le contre»...

M'arrêter? le pouvait-on?

Je ne serais pas assez stupide pour avouer que j'étais le voleur du Régent, et que n'ayant pu le vendre, je venais le restituer à son propriétaire, c'est-à-dire à l'Etat... J'inventerais une histoire quelconque—je ne suis jamais en peine pour inventer—et ma démarche me vaudrait certainement les félicitations de l'administration du Musée... Qui sait même si l'on ne m'offrirait pas une récompense... que je refuserais, bien entendu, car lorsque l'on se met à devenir honnête, il faut le demeurer jusqu'au bout...

Le matin, quand je me levai, j'avais préparé le petit discours que je tiendrais au haut fonctionnaire qui voudrait bien me recevoir... J'avais prévu toutes les questions que l'on pourrait me poser et j'étais sûr d'y répondre sans embarras.

J'embrassai tendrement Edith, en lui donnant rendez-vous pour midi et demi à la station des omnibus du Pont des Saints-Pères, et j'allai chez moi faire toilette. Je revêtis mon plus beau complet, me pomponnai, me bichonnai, puis, après m'être longuement regardé dans la glace je pris mon chapeau et mes gants et descendis.

Une fois dans la rue, je hélai un taxi:

—Au musée du Louvre! dis-je au chauffeur.

—D'quel côté? demanda l'homme.

—Côté du quai...

—Bon...