—Oui... repris-je... un devoir... Il y a trois ans et demi, un misérable s'est rendu coupable d'un vol... A son lit de mort, il a tout avoué... et m'a prié de rapporter au Musée du Louvre l'objet qu'il avait dérobé...

—Et quel est cet objet? demanda le Conservateur dont les yeux s'étaient allumés.

—Voici, dis-je, en présentant le Régent à mon interlocuteur.

Celui-ci le prit, le posa sur sa table sans même l'examiner, puis me dit en souriant:

—Je vous remercie, monsieur... La démarche que vous venez de faire auprès de moi vous honore... mais permettez-moi de vous dire que ce diamant n'est pas le Régent...

—Pourtant! Monsieur...

—Non... ce n'est pas le Régent... Le Régent n'est jamais sorti du Louvre...

—Cependant... ce diamant?

—Est faux, monsieur... c'est un vulgaire strass, merveilleusement travaillé, il faut le reconnaître, mais qui ne vaut pas plus de cinq à six cents francs... Je le connais bien, car c'est moi-même qui l'ai commandé à un tailleur de pierres fines de Paris... Il y a trois ans... ou plutôt non, trois ans et demi, la châsse dans laquelle sont enfermés les diamants de la Couronne, et qui, comme vous le savez peut-être, descend chaque soir dans les sous-sols, cette châsse ne fonctionnait plus... Comme la réparation pouvait durer plusieurs semaines, l'administration du Louvre, par prudence, a cru devoir, en secret, remplacer le Régent par un diamant faux... et elle a sagement agi, vous en conviendrez, puisque, sans cette précaution, le Régent eût disparu... Je ne vous en remercie pas moins, monsieur, votre démarche est celle d'un galant homme.

Je ne trouvais rien à dire tant j'étais stupéfait... Pour une surprise, c'en était une, et une belle!...