Le petit Logarec, ancien quartier-maître de la flotte, se réservait et n'en pensait pas moins.

Cependant, les deux gardiens tombèrent d'accord sur ce point qu'il était abusif, à l'heure où tous les vivants s'amusent, de condamner deux fonctionnaires à garder trois ou quatre personnages, défunts depuis des siècles.

—Que l'on veille sur les diamants, dit Bartissol, je comprends; sur les tableaux, passe encore, mais supposer que quelqu'un aura jamais l'idée d'enlever une vieille dame comme cette reine-là...

—Des fois..., répliqua Logarec.

—Et que veux-tu qu'on en fasse?

—Toi ou moi, rien, pardi! mais un savant, un collectionneur! ces gens-là n'ont pas des idées comme tout le monde... Avoue que c'est drôle tout de même, ces antiquités... Je trouve que ça vous a quelque chose d'impressionnant...

Et, tout en parlant, Logarec, rêveur, contemplait la glace qui recouvrait le sarcophage dans lequel était enfermée la pauvre reine Tia.

La tête et le haut du buste de la momie étaient dégagés des bandelettes, ainsi que ses mains, ramenées sous le menton. Ce masque de mort sévère, de couleur sombre, aux traits profondément accentués, paraissait de bronze. On l'eût pu prendre pour une figure sculptée en haut-relief, n'eût été une sorte d'humidité persistante entre les deux bords des paupières.

Le gros œil de cyclope de la lanterne sourde posée sur la glace éclairait le visage en dessous et rebroussait de bas en haut toutes les ombres.

Attiré, malgré lui, Bartissol regardait aussi.