—Mais il exigera peut-être des renseignements... il ne consentira à payer qu'à domicile.

—Ne vous inquiétez pas de cela... j'ai tout prévu...

Manzana ne me demanda pas d'explications.

Il était d'ailleurs dans un tel état d'avachissement que je faisais de lui tout ce que je voulais. Il tressaillait au moindre bruit, allait à chaque instant soulever le rideau de la fenêtre pour regarder dans la rue et s'il apercevait quelqu'un immobile, sur le trottoir d'en face, il s'imaginait aussitôt que la maison était surveillée, que des agents de la Sûreté l'épiaient et qu'il allait être arrêté.

Au lieu de le rassurer, je prenais un malin plaisir à tout exagérer, tactique assez habile, qui mettait mon ennemi à mon entière discrétion.

Je feignais d'être aussi inquiet que lui et lui rappelais continuellement, par quelque allusion naïve, la dame au manteau de loutre qui l'avait si vertement apostrophé en pleine rue.

C'est dans les circonstances critiques que l'on peut vraiment juger un homme. Manzana, que j'avais pris tout d'abord pour un fieffé coquin à qui on n'en remontrait pas, n'était au fond qu'un être pusillanime, manquant totalement de sang-froid, en présence du danger. C'était une brute capable d'un crime, un impulsif, un de ces malfaiteurs vulgaires qui crânent, le revolver à la main, mais qui sont incapables de réagir lorsqu'il s'agit de dépister la justice.

Je me promettais bien d'exploiter à mon profit le manque d'énergie de mon associé, mais, pour le moment, il n'y avait qu'à attendre.

Pendant que nous emballions dans de vieux journaux les objets que nous avions résolu de vendre, un coup de sonnette retentit à la porte d'entrée...

—Ça y est!... murmura Manzana qui était devenu blême.