--Oh! c'est possible, tout le monde en parle... Enchanté, jeune homme de faire votre connaissance.

Il tendit la main à Paul qui, ne sachant trop à quel personnage il avait affaire, se contenta d'accomplir le geste banal de cordialité, en honneur chez les peuples dits civilisés.

Ce fut Jacques, qui soutint la conversation.

--Vous venez souvent au Théâtre Populaire?

--Tous les samedis.

--Pour y rencontrer vos électeurs, sans doute?

--Mes électeurs, j'vas les voir qu'à la veille des élections. C'est pour mon plaisir que j'viens. C'est si beau, ces amoureux qui finissent toujours par s'marier à force de courage. J'aime les gens courageux, moé. Y a des gaillards dans ces pièces-là qui f'raient d'bons députés. Parlez-moé pas des pièces comme on en donne au Monument National, par exemple; pas d'assassins, pas d'coups d'pistolets, pas d'coups de poings. Moé, voyez-vous, j'aime qu'on s'casse un peu la gueule!

--Et le Théâtre Moderne qu'en pensez-vous?

--Parlez-moé-z'en pas. Yinque des simagrées dans les salons; des pincées en robes de soie qui trompent leurs maris et font des magnières; des hommes qui font des grands discours, comme à la Chambre.

--Ainsi, on n'aura pas le plaisir de vous voir à l'ouverture de la saison de ce théâtre, lundi prochain?