--Impossible! Tu ne peux sortir sans que cette femme te voie, et c'est une bien mauvaise langue. Puis, je désire que nous soupions ensemble, ce soir.
--Je ne demande pas mieux. Mais, que faut-il faire?
--Viens, je vais te cacher dans ma chambre.
Cette chambre donnait sur le petit salon. Une tenture sombre en dissimulait l'entrée. Elle le fit pénétrer dans ce sanctuaire parfumé, lui recommanda d'être bien sage, de ne pas faire de bruit, puis, elle s'en alla recevoir sa couturière.
D'abord, le jeune homme ne distingua rien du tout dans la pièce, mais, peu à peu, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité. Il s'aperçut qu'une fenêtre, au fond, projetait sur le tapis une vague lueur provenant de la rue voisine où brillait une grosse lampe électrique. Cette mystérieuse clarté lui fit entrevoir le lit où Simone devait dormir en rêvant de lui. Il s'en approcha avec respect, frôla la courtepointe. Sa main tremblait, un peu de fièvre égarait sa pensée, il voulut échapper à cette hantise et se retourna. Près d'une commode sur un fauteuil, un fouillis de dentelles lui lui jeta à la figure un parfum intime et grisant. Cela lui donna de l'audace. On riait dans le salon, il voulut voir. Il essaya de regarder par le trou de la serrure, mais ne vit rien. Alors, lentement, pour ne pas donner l'éveil, il entrebâilla la porte et se glissa derrière la tenture. Le coeur lui battait fort. Si on allait le découvrir? Il ne savait pas que lorsqu'une femme s'occupe de robes ou de chiffons, rien ne peut l'en distraire. Quand il fut un peu remis de son émotion,
avec des précautions infinies, il écarta légèrement la draperie et vit la jolie femme, aux mains de sa couturière. Le spectacle dont il fut témoin porta son ivresse amoureuse au paroxysme.
La couturière, qui était une vraie pie, tout en ajustant le corsage de la jupe, en drapant ou mettant à nu les bras potelés et les épaules blanches de Simone vantait la beauté de sa cliente:
--Oh que vos bras sont beaux, madame, et quelles épaules! Ah! si j'étais homme!
--Eh bien, si vous étiez homme?