--Va au diable!
--Venez avec moi, sublime artiste!
--Je n'ai pas le temps. Il me faut livrer cette grande machine à la fin de la semaine.
--Alors, pour ne pas vous distraire de votre travail, je m'en fais.
--Imbécile. C'est justement de distraction que j'ai besoin pour me résigner à demeurer sur ce perchoir. C'est un travail machinal que je fais là, sans recherche d'art, une vulgaire copie. C'est ennuyeux comme un discours du notaire Pardevant, not' député.
--Puisqu'il en est ainsi, je reste.
Le peintre avait bouleversé tout son atelier pour placer cette grande toile: divan, table, fauteuils, chevalets, palettes, pinceaux avaient été jetés pêle-mêle, ici et là, et une peinture déposée sur un tabouret attira aussitôt l'attention du visiteur. Cette peinture représentant une nymphe nonchalante, vue de dos, le bras droit levé et appuyé sur un arbre, chevelure en désordre, comme après une lutte suivie d'une fuite précipitée, ses cheveux abondants et soyeux lui couvrant toute une épaule et le flan. La figure était cachée, mais en examinant cette peinture de plus près, le coeur de Paul battit à se rompre. C'est qu'il croyait la reconnaître, quand même, cette femme, et plus ses yeux s'attachaient au tableau, plus sa conviction s'affermissait. C'était Simone, assurément, qui avait posé pour cette nymphe, avant qu'il la connut, depuis peut-être. Si elle l'avait trompé avec Lajoie? Et il souffrit cruellement, durant quelques minutes il connut la jalousie. Il n'avait pas le courage d'interroger l'homme de l'escabeau. L'atmosphère qu'il respirait lui devint insupportable. Il se disposait à s'en aller. Lajoie s'en aperçut, et lui demanda:
--Où vas-tu donc, espèce de tourte... je veux dire illustre maître?
--Je ne sais pas... J'ai des courses à faire... un tas de choses que j'avais oubliées...