Et on monte en carrosse. On va se promener dans les bois: «J'étais dans le ravissement; je tenais une de ses mains que je baisai une douzaine de fois. Il me laissa faire, parce qu'il vit que c'était un bonheur.» Heureusement qu'il n'était pas seul dans le carrosse. M. de Soltikof, ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté l'impératrice de toutes les Russies à la cour du roi Voltaire, assistait à ce rajeunissement du vieux Titan.

Le voyage fut charmant. On traversa des bois plantés par Voltaire, qui étaient déjà des bois sérieux, pour arriver à une belle ferme, où le philosophe fit admirer sa grange et sa vacherie. Il fallut que madame Suard prît des mains de Voltaire une tasse de lait, une belle tasse de porcelaine de Sèvres envoyée par madame de Pompadour. Et Voltaire s'écriait:

Qu'il est doux d'employer le déclin de son âge

Comme le grand Virgile occupa son printemps!

Du beau lac de Mantoue il aimait le rivage;

Il cultivait la terre et chantait ses présents;

Mais, bientôt ennuyé des plaisirs du village,

D'Alexis et d'Aminte il quitta le séjour,

Et malgré Mévius il parut à la cour.

C'est la cour qu'on doit fuir, c'est ici qu'il faut vivre!