XII.
VICTOIRES ET CONQUÊTES DE VOLTAIRE.


On ne pourrait pas compter les campagnes de Voltaire depuis ce jour où, prisonnier du roi de France à la Bastille, il jura d'abattre toutes les bastilles: bastilles de la royauté, bastilles de l'Église, bastilles de la coutume.

Je ne parlerai pas de ses victoires, je ne parlerai que de ses conquêtes.

Sa première conquête fut sa fortune, parce qu'elle lui donna des soldats. Mais ce n'était là qu'une guerre de partisans.

Sa première conquête fut de réveiller par la Henriade l'esprit des L'Hôpital et des Coligny, c'est-à-dire l'esprit de la liberté religieuse.

Sa seconde conquête, quand il revint d'Angleterre avec une flotte de libres penseurs commandés par Newton et par Locke, fut le triomphe de la liberté philosophique, le triomphe de la religion du droit et non du droit d'après la religion. Ce jour-là, le cartésianisme, atteint dans son château fort d'abstraction, fut obligé de faire une alliance avec les faits, et la défaite de Bacon fut réparée.

Sa troisième conquête, la plus décisive, fut celle qu'il remporta contre le droit divin, en faisant asseoir sur tout trône—excepté sur le trône de Louis XV—l'humanité, dont il est le César.