Se fait petit, tient à peine une place.

Certain marquis l'apercevant de loin,

Dit: «Ah! c'est vous; bonjour, monsieur Pancrace,

Bonjour: vraiment votre pièce a du bon.»

Pancrace fait révérence profonde,

Bégaye un mot, à quoi nul ne répond,

Puis se retire, et se croit du beau monde!

Aujourd'hui les rôles ont changé: M. Pancrace est caressé par la comédienne et se prélasse dans le beau monde. On a peur de lui et on dit en le voyant venir: «Il a peut-être autant d'esprit que M. de Voltaire.»

La plus grande conquête de Voltaire, ce fut son œuvre posthume: la Révolution française[88]. Il fit la révolution et ne laissa aux assemblées politiques, la Constituante, la Législative, la Convention, que la peine de décréter ses pensées[89]. Après lui, l'ancienne France était effacée de la carte de l'intelligence humaine; il avait démoli l'édifice des anciennes croyances religieuses, politiques, sociales; il avait ouvert dans la sombre forêt de l'avenir des perspectives éclairées par la lumière de la raison; il avait reconstruit parmi les ruines la citadelle de la cité nouvelle. Montaigne et Pascal doutaient: il affirme. Les voyez-vous, ses ministres, s'élever de degré en degré sur cette échelle de Jacob, construite pour escalader le ciel? Rien ne les arrête: ni le génie de Bossuet, dont la majestueuse figure gardait le seuil de l'histoire universelle, ni la grâce toute-puissante de Fénelon. Ces hardis envahisseurs s'élancent en tumulte sur le champ illimité des connaissances humaines: «A moi la science,» dit l'un; «à moi l'histoire,» s'écrie l'autre; «à nous la philosophie, à nous l'univers moral, à nous le fini et l'infini, l'alpha et l'oméga! nous sommes les rois de l'empire des idées. Christophe Colomb a découvert un monde; nous marchons sur les flots, au milieu des éclairs et des tonnerres, à la découverte du dieu inconnu.»

Toutes ces victoires et toutes ces conquêtes ont été consacrées par le couronnement de Voltaire aux Tuileries et par ses funérailles au Panthéon, funérailles réparatrices comme pour César et Napoléon.