O Dieu qu'on méconnaît, ô Dieu que tout annonce,
Entends les derniers mots que ma bouche prononce!
Si je me suis trompé, c'est en cherchant ta loi;
Mon cœur peut s'égarer, mais il est plein de toi.
Il cherchait la loi de Dieu, mais si la révélation lui montrait la loi écrite, il brisait les tables de la loi. C'est la justice de Dieu et non Dieu lui-même qui remplit son cœur.
Son amour ne brûle pas du sacré enthousiasme, c'est l'amour de Dieu, moins le sentiment divin; aussi, son Dieu n'a-t-il ni majesté ni poésie. C'est un Dieu géomètre—l'éternel géomètre de Platon—moins l'horizon radieux du philosophe grec. Voltaire ne veut monter jusqu'à Dieu que par le chemin de la raison, avec le compas de Newton, et non avec les ailes de l'âme.
Il n'est spiritualiste qu'à mi-chemin. Tout en disant à Spinosa les paroles de Bossuet: «Chez vous tout est Dieu, excepté Dieu même,» il n'est pas éloigné d'adorer Dieu dans la nature; il ne voit pas que la nature est une œuvre divine, où le Créateur ne s'est pas plus enfermé que Michel-Ange dans ses groupes. Il a des aspirations vers le bien plutôt que vers le beau; il ne couronne pas la vérité des fleurs divines de l'idéal, il est plus fanatique qu'enthousiaste de la raison.
Comment Voltaire aime-t-il Dieu? Aimera-t-il Dieu pour lui-même?
«Les disputes sur l'amour de Dieu ont allumé autant de haines qu'aucune querelle théologique. Les jésuites et les jansénistes se sont battus pendant cent ans à qui aimerait Dieu d'une façon plus convenable, et à qui désolerait le plus son prochain. Dès que l'auteur du Télémaque, qui commençait à jouir d'un grand crédit à la cour de Louis XIV, voulut qu'on aimât Dieu d'une manière qui n'était pas celle de l'auteur des Oraisons funèbres, celui-ci, qui était un grand ferrailleur, lui déclara la guerre et le fit condamner dans l'ancienne ville de Romulus, où Dieu était ce qu'on aimait le mieux après la domination, les richesses, l'oisiveté, le plaisir et l'argent. Si madame Guyon avait su le conte de la bonne vieille qui apportait un réchaud pour brûler le paradis et une cruche d'eau pour éteindre l'enfer, afin qu'on n'aimât Dieu que pour lui-même, elle n'aurait peut-être pas tant écrit. Elle eût dû sentir qu'elle ne pouvait rien dire de mieux. Mais elle aimait Dieu et le galimatias si cordialement, qu'elle fut quatre fois en prison pour sa tendresse.»
Voltaire prodiguait trop son cœur aux hommes pour que ses expansions eussent le temps de chercher le chemin du ciel. Il n'était pas de ceux qui s'agenouillent comme Marie, et qui s'anéantissent aux pieds du Sauveur dans des extases infinies. Il voulait être lui-même un sauveur sur la terre, et, comme Marthe, il s'occupait de tant de choses qu'il remettait les affaires de Dieu au lendemain.