La terre en est plus belle et plus féconde.
Mais de ces eaux si la source tarit,
L'herbe est séchée et la fleur se flétrit.
Voltaire fut des soupers de Choisy. La duchesse de Châteauroux lui faisait une belle place entre elle et son ami Richelieu. Choisy n'était pas un château royal; c'était un harem traversé par le cavagnole et la chasse. On s'y amusait de tout et de rien. Il n'y avait que la mort qui fût prise au sérieux. Voltaire disait avec raison: «Où est le roi?»
XIII.
Cependant Voltaire, qui avait toutes les impertinences, se présenta à l'Académie française. On était alors en 1731. La Motte laissait sa place vacante. Voltaire fut repoussé tout d'une voix. Ce fut un grand éclat de rire dans toute l'Académie. En effet, qu'était-ce que des œuvres comme Œdipe, la Henriade, l'Histoire de Charles XII, les Lettres philosophiques, les Vous et les Tu, Brutus, le Mondain, Zaïre? L'évêque de Luçon fut élu.
Plus tard, quand Voltaire viendra avec de nouveaux titres, qui seront les titres de l'esprit humain; ce sera encore un évêque, l'évêque de Bayeux, qui prendra le pas sur lui pour entrer en cette célèbre compagnie où il ne sera définitivement reçu que par le bon vouloir de la maîtresse du roi.
En rêvant le matin sur son oreiller, il bâtit légèrement le Temple du Goût, architecture où le goût n'était pour rien. Comme il se permettait, selon sa coutume, d'avoir raison dans son jugement sur les poëtes des deux siècles, il souleva contre lui des haines littéraires sans nombre; car, en littérature comme en toutes choses, il y a toujours un parti qui tient à avoir tort. La petite tempête soufflée par les beaux esprits devint si violente, que Voltaire, le croirait-on? fut menacé d'une lettre de cachet. Il se sauva près du Palais-Royal, chez une amie qui voulut bien le cacher dans son alcôve et dans sa vertu. On commençait à écrire beaucoup contre lui: «Je veux faire une bibliothèque des petits ouvrages que l'on fait contre moi; mais la bibliothèque serait trop mauvaise.»
Des orages de toutes sortes vinrent fondre sur lui. Un libraire plus ou moins infidèle répandit une édition des Lettres anglaises, devenues Lettres philosophiques. Voltaire prit la fuite, pendant que son livre, condamné à sa place, était brûlé par la main du bourreau. On était au beau temps des fureurs religieuses; les miracles étaient revenus avec le diacre Pàris et le R. P. Girard; on se faisait crucifier pour l'amour de Dieu, comme si Dieu pouvait accueillir cette parodie d'un divin mystère. «Je reviendrai bientôt à Paris, avait dit Voltaire en partant, car les jésuites jouent de leur reste.» Il revint bientôt, en effet, et, s'enhardissant peu à peu, il laissa imprimer l'Épître à Uranie. Nouvelle bourrasque, nouvelle lettre de cachet; ce que voyant, Voltaire déclara que l'épître était de l'abbé de Chaulieu, qui venait de mourir à propos. Du reste, cette épître ne faisait pas de tort à l'abbé de Chaulieu, ni comme poëte ni comme chrétien.
A ceux qui disent aujourd'hui que Voltaire combattait contre des fantômes, que la Bastille était un château et non une prison, que la liberté de penser et d'écrire était déjà une conquête consacrée, je rappellerai que d'Aguesseau garda huit mois les Lettres anglaises pour se décider à refuser l'autorisation de les imprimer. La liberté de penser! mais d'Aguesseau, un grand homme, presque un philosophe, n'accordait l'autorisation de publier je ne sais plus quel roman, qu'à la condition que le héros changerait de religion et se ferait catholique!