Je ne saurais peindre la fureur de Voltaire. Il fut un peu désarmé en apprenant par madame de Fontaine-Martel que la marquise de Gouvernet avait dégagé son portrait, car elle l'avait mis en gage chez Gersaint, au pont Notre-Dame, à son départ pour Londres.

Voltaire reprit courage dans son ancienne passion et alla bravement à l'hôtel de Gouvernet. «Votre nom? lui demanda un suisse arrogant, taillé en Hercule et tout frappé en or.—Monsieur de Voltaire.—Eh bien, que monsieur s'inscrive, et demain je lui donnerai une réponse; car le nom de monsieur de Voltaire, qui n'est pas connu ici, ne se trouve pas sur la liste de madame la marquise.»

Ce que c'est que la gloire! Voltaire, en ce temps-là, était reçu à bras ouverts dans les meilleures maisons; il était le commensal des ducs et des princes; aussi l'arrogance du suisse de madame la marquise de Gouvernet ne l'humilia pas et le fit mourir de rire. Rentré chez lui, comme il était encore en belle humeur, il prit un chiffon de papier et il écrivit au courant de la plume cette adorable épître à la marquise:

LES VOUS ET LES TU.

Philis, qu'est devenu ce temps

Où, dans un fiacre promenée,

Sans laquais, sans ajustements,

De tes grâces seules ornée,

Contente d'un mauvais soupé,

Que tu changeais en ambroisie,