Se sont-ils revus là-haut?
VI.
MADEMOISELLE LECOUVREUR.
Dans l'amour de Voltaire pour Adrienne Lecouvreur, il y eut beaucoup de haine, comme dans tous les amours. Voltaire, quoique assez voltairien, ne pardonnait pas à la comédienne de lui ouvrir la porte de l'escalier dérobé quand elle entendait le carrosse de milord Peterborough ou du maréchal de Saxe. Voltaire, qui a toujours tranché du souverain, voulait qu'on l'aimât comme un grand seigneur et non comme un poëte. Je crois même que cette conquête lui coûta plus qu'un rôle et plus qu'une épître.
C'est en vain qu'on cherche dans ses lettres les souvenirs de cette passion. A l'inverse des poëtes, ce que Voltaire oublie le plus, c'est sa jeunesse. En cherchant bien, je retrouve ces quelques lignes, datées des fêtes de Fontainebleau: «Mademoiselle Lecouvreur réussit ici à merveille. Elle a enterré la Duclos. La reine lui a donné hautement la préférence. Elle oublie, au milieu de ses triomphes, qu'elle me hait[31].»
Traduction libre: Elle me hait tant, qu'elle m'aime!
Si on cherche dans les vers, on trouve d'abord ce billet:
L'Amour honnête est allé chez sa mère,
D'où rarement il descend ici-bas.
Belle Chloé, ce n'est que sur vos pas
Qu'il vient encor. Chloé, pour vous entendre,