—Pas un bouton de plus! dit-elle d'un air déterminé.
Il fallut bien que Maurice se contentât d'embrasser un petit coin du bras. Mais quel bras! mais quelle chair! mais quelle senteur amoureuse! Il était aux anges et aux diables.
Sa femme était bien loin!
Quand on fut aux premiers arbres du Bois, la dame voulut qu'on rebroussât chemin. Maurice eut beau supplier et se jeter à genoux,—ce qui est une des poses de Don Juan, parce que Don Juan sait se relever,—la dame fut héroïque. Maurice eut peur de tout gâter.
—Voyez-vous, lui dit la dame, figurez-vous que c'est un roman-feuilleton, je vous ai donné une part de moi-même: mon coeur et mon bras, sans parler d'un baiser que vous m'avez volé sur le cou. La suite à demain.
On n'est pas plus engageante. Maurice fut ensorcelé. Il reconduisit la dame avenue Montaigne, et s'en alla au cercle, convaincu qu'il triompherait de cette vertu de princesse à couronne fermée. Il n'était pas plus fat qu'un autre; mais l'idée qu'il enjôlait une princesse chatouillait agréablement sa vanité.
V
Ah! par exemple, le second jour, il ne se laissa plus prendre. Déjà, à la première rencontre, il avait presque reconnu sa femme à certaines manières de la princesse. Mais quelle idée aurait eue Mme de Chavannes de jouer ce jeu? D'ailleurs, la princesse lui paraissait plus grande et plus désinvolte. Ce jour-là, il ne douta plus de la comédie, ce qui l'amusa beaucoup. Et comme il voulait amuser sa femme, il tenta de brusquer l'aventure; mais Mme de Chavannes fut encore imprenable. Et pour se défendre mieux, elle lui parla de sa femme. Ici, le mari joua bien son jeu.
—Ah! que me dites-vous là, princesse? Pourquoi me rappeler si mal à propos une femme que j'adore? Vous seule pouvez un instant me la faire oublier.
La fausse princesse devint plus caressante.