Je ne serai pas bien indiscret en vous confiant qu'elle l'aimait—sans le vouloir.—C'est que son mari ne l'aimait plus et la malmenait, tandis que Georges Marmont lui parlait de sa beauté avec religion.

C'était l'après-midi, par un beau soleil d'automne, quand l'âme, se recueille déjà pour la rude traversée de l'hiver, quand l'esprit, qui part toujours en avant, voit la neige après les rayons.

Aussi, quand descendit le maître de la maison, la jeune dame parut attristée.

—Pourquoi ces nuages sur le front?

—C'est que le soleil s'en va trop vite; c'est que toutes ces belles dames qui vivent dans votre galerie ne sont plus de ce monde! A quoi sert-il d'être belle s'il faut mourir?

—Je vous comprends. Si j'étais M. de la Palisse ou son petit-fils embourgeoisé qui s'appelle M. Prud'homme, je vous dirais que le monde n'existe qu'à la condition de mourir, mais je suis aussi bête que vous et je me révolte à cette idée que Dieu, le Maître des maîtres, crée des chefs-d'oeuvre qui vivent bien moins longtemps que les créations du premier peintre venu.

—N'est-ce pas désespérant de voir, accrochées ça et là, des figures aussi jeunes que moi quoique vieilles de cent ans et qui me survivront?

—Oui, mais il leur manque la parole!

—N'ont-elles pas la parole des yeux?

—Oui, des yeux comme les vôtres qui parlent mieux que Dieu lui-même.