La marquise le sentit bien, car en marchant vers la cheminée ses joues s'empourprèrent, ce que vit très bien M. Marmont qui survenait pour la troisième fois.

En effet, quand il ouvrit la porte, il aperçut Mme de Marcy dans la psyché, plus belle encore sous cette rougeur de jeune fille.

—Allez-vous-en! lui cria-t-elle. Vous voyez bien que je rougis, même toute seule.

Il ne fallut que cinq séances pour achever ce demi-chef-d'oeuvre, car le peintre n'était pas un grand peintre, mais il avait saisi la vérité, et il peignait les chairs avec une touche voluptueuse. Il était impossible, grâce au masque et à la teinte allumée des cheveux, de reconnaître la jeune dame, à moins qu'on ne la connût bien. Aussi l'artiste, content de lui, demanda-t-il la permission d'exposer cette figure.

Mme de Marcy fit quelques façons, mais croyant à la discrétion absolue du peintre, elle consentit.

—Surtout, lui dit-elle, pas de mention honorable, ce qui me déshonorerait.

On encadra la toile dans un cadre exécuté par une main savante—le style Louis XIII—, doré en or éteint avec un filet noir sur la peinture.

Quoique ce portrait parût très beau au jury par le charme du dessin et par les éblouissements de la couleur, on le refusa tout net, parce que la dame était masquée et qu'elle avait insolemment mis sur le rideau sa couronne de marquise. Le portrait revint donc vierge encore dans la galerie de Georges où il passa tout l'été, pour s'habituer aux figures du voisinage et pour prendre le ton des oeuvres qui survivent.

III

Vint l'hiver. On donna une fête dans l'hôtel de Georges. Tout Paris y alla, et Mme de Marcy ayant voulu être de la fête, il fallut bien inviter son mari. Reconnaîtrait-il sa femme? Elle était bien sûre que non, car, selon elle, il ne l'avait jamais regardée, ce en quoi elle se trompait. Quoiqu'il ne fût pas un dilettante, il avait fait, sans trop y prendre garde, quelques études dans la géographie lumineuse de ce beau corps.