—Oh! mon Dieu! jusqu'ici tu t'es si bien moqué des remontrances de ton père et de ta mère, que tu te fiches pas mal de tes glorieux ascendants.
II
On déjeuna à fond de train. Versillac fit venir la cuisinière pour la complimenter; il daigna aussi, quoique Bordelais, féliciter Arnold sur le vin de Champagne du château.
Après le déjeuner, Arnold eut beau faire pour l'entraîner en pleine campagne: Versillac avait décidé qu'il pécherait à la ligne, il n'en voulut point démordre, pour s'habituer aux moeurs agrestes ou pour faire pénitence.
On marcha jusqu'à la rivière qui était au bout du parc. Versillac trouva bientôt un coin favorable pour jeter sa ligne. Arnold continua son chemin tout en fumant.
A une demi-lieue de là, la rivière jette un de ses bras à travers le parc du château de Belmarre, habité par les Saint-Amant, une ancienne famille oubliée en province. Arnold ne connaissait ce château que de loin, parce que les Saint-Amant et les Montmartel étaient en guerre depuis un demi-siècle pour des limites de propriétés; aussi Arnold eut-il la curiosité du fruit défendu quand il passa devant ce château style Louis XV, qui souriait mieux aux passants que Montmartel. Le parc, d'ailleurs, était plus beau par le bras de rivière et plus touffu par les vieux arbres. Aussi, ce jour-là, Arnold ne se crut-il pas obligé de détourner les yeux devant une des grilles, qui n'était pas d'ailleurs la grille de la façade.
Il arrivait à temps, car une jeune fille vêtue en héroïne de roman, bouquet de roses au corsage, chapeau frondeur sur une opulente chevelure, l'oeil noir perdu dans un rêve bleu, traversait alors la grande allée pour s'enfoncer dans les massifs. C'était comme une apparition.
—Comme elle est jolie! murmura Arnold.
Mlle de Saint-Amant n'était pas jolie, elle était belle.
Elle marchait avec une grâce suprême, parce qu'elle était grande, mince, souple, presque aérienne. Et pourtant, quoique sa robe fût flottante, les seins et les hanches s'accusaient harmonieusement.