III

Jusqu'à onze heures, Janina, comme un roseau au vent, s'inclinait tour à tour sous la volonté et l'indécision, se disant: «Je n'irai pas,» quand elle était décidée à tenter l'aventure; se disant: «J'irai,» quand elle avait renoncé à tout.

Ce qui la décida, coûte que coûte, vaille que vaille, c'est que son mari ne rentra pas pour dîner. Il lui écrivit un mot qui la glaça.

Comme il aspirait à un secrétariat d'ambassade, il lui parlait du ministre.

—Encore un mensonge! dit-elle en jetant la lettre au feu. Le ministre, c'est sa maîtresse; eh bien! je serai son ministre, moi!

La Faramineuse demeurait rue Royale, dans un petit appartement qui était une première station vers les splendeurs de la vie de courtisane. Jusque-là elle avait eu plus de dettes que de rentes sur l'État. Son capital se composait de cinquante mille francs de diamants, d'un mobilier de toutes les paroisses et d'un tempérament de soupeuse. Pas une obole de plus!

Janina fut presque surprise de trouver cet intérieur quelque peu mélancolique.

—Comment, murmura-t-elle en entrant, il se plaît mieux sur ce fumier que dans mon nid de dentelles!

Elle jeta ses yeux partout, avec la curiosité d'une grande dame chez une courtisane. Elle commença par déchirer une photographie de son mari, à la glace de la cheminée. Presque aussitôt, en feuilletant un roman de cuisinière, elle trouva comme signet une autre photographie. On pourrait croire que c'était celle de M. Alphonse, placée à la bonne page. Pas du tout. C'était le portrait d'un prince Rio, qui aime toutes les compagnies—même les mauvaises.

La Faramineuse se servait de cette photographie en guise de coupe-papier.