Léonce Falbert, licencié en droit, s'était marié à la veille de plaider sa première cause. S'il s'était marié, ce n'était pas dans la préoccupation d'avoir beaucoup d'enfants, mais parce qu'il avait rencontré dans une petite fête mondaine Mlle d'Aymar, qui prenait tous les coeurs au cotillon. Il n'y fit pas trop le chevalier de la triste figure. Il soupa à côté d'elle, il la cajola par toutes les caresses de la causerie et des oeillades, si bien que Mme Agnès dit à sa fille, quelques jours après:

—Sais-tu pourquoi tu es distraite? C'est parce que tu penses à M. Léonce Falbert.

—Pas du tout, maman.

—Alors, s'il demandait ta main, tu lui dirais de repasser?

—Non, je lui dirais oui;

—Et pourquoi épouserais-tu plutôt qu'un autre M. Léonce Falbert?

—Par curiosité.

—Ah! je te reconnais bien là; tout ce que tu fais et tout ce que tu feras, curiosité, curiosité, curiosité!

—Mais, maman, un roman que j'ai lu malgré toi m'a dit l'autre jour qu'il fallait lire toutes les pages du livre de la vie.

—Ce roman, ma chère Angèle, ne parle pas comme un livre, mais comme un roman; car il est dit aussi que, si la vie n'était pas un mauvais livre, on ne s'y amuserait pas. J'espère que tu ne prends pas au sérieux toutes ces bêtises-là?