Une soudaine émotion avait pâli la figure du père.

S'il voulait entraîner l'enfant, ce n'était pas parce qu'il y avait loin des Champs-Élysées à l'île Saint-Louis, c'est qu'il venait de voir la jeune femme qui dînait avec l'Espagnol.

On ne saurait peindre les sentiments qui passèrent dans ses yeux et sur ses lèvres. C'était la colère, l'indignation, l'amour trahi, la jalousie résignée.

Il ferma les yeux comme s'il rêvait. Deux larmes sillonnèrent ses joues. Ce fut à cet instant qu'un mot inattendu s'échappa des lèvres de là petite fille.

—Maman!

L'homme prit l'enfant dans ses bras pour étouffer ses sanglots. Que voulez-vous, ce n'était pas un stoïcien. C'était un pauvre mari qui venait de retrouver sa femme et qui n'avait pas le courage de comprimer son coeur.

Sa femme avait quitté la maison, son homme et son enfant depuis six mois. On ne s'était pas revu; on avait beaucoup pleuré à la maison; peut-être avait-on pleuré hors la maison.

Mille fois la petite fille avait demandé à son père si sa mère reviendrait le lendemain. Elle ne savait pas pourquoi elle était partie; mais, quoiqu'elle fût jeune encore, elle ne questionna pas son père quand elle vit sa mère attablée en face de l'Espagnol: les enfants comprennent tout.

IV

Le père s'était donc éloigné; mais à l'instant où la petite fille disait «maman!», la dîneuse ressentait un coup au coeur.