—Vous êtes folle, ma belle amie, de nous donner ainsi en spectacle. Qui est-ce donc que cet homme?
La femme dit tout haut, de l'air du monde le plus dégagé:
—C'est mon frère. J'ai voulu embrasser ma nièce qui est ma filleule.
Et l'Espagnol, entraînant la dame:
—Toutes ces scènes de famille me font pitié. Prenez-vous une glace avant le café?
Naturellement j'avais tout vu sans avoir l'air de ne rien voir. Pour mes voisins, je n'avais suivi des yeux que la fumée de ma cigarette. Aussi l'Espagnol me dit-il, comme si rien ne s'était passé.
—Vous ne me refuserez pas de prendre le café avec nous.
—Oui, répondis-je, dans ma curiosité de mieux connaître cette femme.
J'allai donc m'asseoir à la table de l'Espagnol qui, pour me faire honneur, demanda au petit Japonais, car il y a là un Japonais, comme partout, de la fine champagne vraiment fine: quatre francs le petit verre. Et Dieu sait si le verre est petit!
On causa de ceci et de cela, sans rappeler le moins du monde la scène de famille.