—Ma foi, oui; je ne me fais pas meilleure que je ne suis; mais quand j'ai vu ma fille, qui peut-être n'avait pas dîné, j'aurais voulu être à cent pieds sous terre.

—Croyez-moi, lui dis-je, puisque Dieu vous a donné une fille, soyez sa mère.

—Et que voulez-vous que je fasse?

Je ne suis pas un apôtre, mais je crois que je pris la parole évangélique.

—C'est bien simple, madame, vous allez sauter dans un fiacre qui arrivera plus vite que votre mari et votre fille dans l'île Saint-Louis; vous monterez quatre à quatre, après avoir défendu à la portière de rien dire; un quart d'heure après vous, le père et l'enfant ouvriront la porte. Vous les recevrez à genoux, et tout le monde sera content.

La jeune femme me regarda pour voir si je ne me moquais pas d'elle.

—Pourquoi me dites-vous ça.

—Je vous dis ça, parce que j'ai vu votre enfant pleurer.

Mais j'eus beau dire, la mère coupable ne se laissa pas gagner à sa cause. Elle fit la superbe; elle déclara qu'elle s'était fanée dans cette vie absurde. Elle «engueula» son mari—le pauvre homme!—parce qu'il n'avait pas eu le génie, comme tant d'autres, de lui donner sa place au soleil. Quand il revenait vers elle, il ne lui apportait que sa tristesse. Elle parla de son héroïsme à elle pour lutter contre la cuisine des pauvres gens. Elle en était devenue anémique. Elle se promettait de faire sa fille riche pour l'affranchir de toutes les peines de sa mère.

Comme elle était en train de se donner raison, l'Espagnol vint reprendre sa place. Je désespérais de rendre à la mère l'enfant. Mais voilà qu'à propos d'un mot malsonnant, ils se disputent tous les deux, comme on se dispute quand on ne s'aime pas, car ils en étaient, comme a dit Chamfort, au contact de deux épidermes.