Naturellement, la jolie valseuse d'Arthur ne retarda pas son mariage d'un jour.

Le surlendemain, Sainte-Clotilde retentit de tous les chants d'allégresse.

Les vingt duchesses étaient là pour s'amuser du spectacle: les reporters contèrent le menu et effeuillèrent, pour la curiosité des curieux toutes les fleurs d'innocence de la mariée. Mais ce qu'ils ne dirent pas, je vais le dire:

Pendant la messe, une duchesse demanda à son sigisbée pourquoi Laure était si pâle et si émue, elle qui n'avait peur de rien. C'est que Mlle de Montaignac, jetant un rapide regard sur tous ceux qui étaient de la fête, avait reconnu Arthur Dupont, quoiqu'on l'eût enterré la veille.

C'était bien lui: cravate blanche, redingote noire, lorgnon dans l'oeil, sourire sur les lèvres.

—C'est singulier, dit-elle, quand on a une image dans la tête, on l'a dans les yeux. Mais, un moment après, comme son fiancé lui présentait l'anneau nuptial, elle poussa un cri, car elle reconnut dans son fiancé Arthur Dupont.

C'était lui, toujours lui. Elle se détourna et laissa tomber l'anneau nuptial qu'il lui avait mis au doigt.—Vision! dit-elle en dominant son émotion.

En effet, la figure du mort avait disparu sous celle du vivant.

Laure eut une demi-heure de calme; mais, dans la sacristie, quand, tout le monde vint la féliciter, elle vit passer dans le premier groupe de ses amis Arthur Dupont, plus enjoué que jamais.—Ah! dit-elle, c'est une obsession!

Après la messe, un lunch, avant que les époux prissent le train de Venise.