Pendant quelques jours Blanche joua la silencieuse. Maurice avait beau lui jeter des points d'interrogation, elle se taisait. Cela le reposait, mais cela la fatiguait de ne plus parler. Il ne faut jamais chasser le naturel; aussi, le soir, dans le monde, elle s'en donnait à coeur joie: ne s'étant pas dépensée dans la journée, elle était plus éblouissante que jamais. Mais tout en babillant dans un cercle de vagues adorateurs et de femmes qui n'avaient rien à dire, elle suivait de l'oeil son mari et remarquait avec chagrin qu'il n'avait plus sa figure rayonnante des premiers jours heureux.

Que faire, pour ramener Maurice aux blanches clartés de la lune de miel? Si jamais il allait s'amuser ailleurs, pour ne pas s'ennuyer chez lui? Blanche n'était pas femme à jeter les cartes, après avoir gagné la première partie. Mais comment conjurer le dieu Hasard, qui retourne la dame quand il faudrait retourner le roi.

II

Dans un dîner chez la comtesse de Cormeilles, Blanche s'aperçut que Maurice, placé en face d'elle, était fort occupé de sa voisine. Il paraissait ne pas s'ennuyer du tout en l'écoutant parler:

—Ce que c'est que de n'avoir pas d'esprit, dit Blanche avec fureur, en voilà une qui a toujours parlé, et qui n'a jamais rien dit. Eh bien! Maurice ouvre la bouche pour boire ses paroles, comme si elle lui versait une coupe de perles et de diamants.

Tout justement le voisin de Blanche lui dit alors, dans le pur langage du faubourg Saint-Germain:

—Il paraît que votre mari ne s'embête pas en face de nous avec la belle vicomtesse.

—Oui, dit en riant la jeune mariée, celle que nous appelions au Sacré-Coeur: Élisabeth et la belle.

—Je sais, et vous ne manquiez pas de souligner la dernière syllabe d'Élisabeth. Que voulez-vous, c'est déjà beaucoup d'être belle.

—Je crois bien, la beauté est le premier trait d'esprit d'une femme.