Le médecin avait dit tout cela en tenant à la main le bouquet de roses. Octave le prit, arracha ce qui restait de papier et dénoua le ruban rouge de Violette. Et comme il prenait les roses une à une, Geneviève lui dit: «Est-ce que vous voulez les respirer aussi?—Non, je cherche.—Vous imaginez-vous que vous allez trouver la carte de celui ou de celle qui a envoyé ces roses?—Il faudra pourtant savoir d'où elles viennent.—On le saura, dit le médecin. Ah! c'est un beau cas pour la médecine.—Chut! dit Geneviève, gardez-vous bien de parler de cela.—Quoi, mademoiselle, je ferais le silence sur un crime aussi abominable!—Oui, vous ferez le silence; car je serais désespérée que, hors des murs de ce château, on s'occupât de moi.—Mais, mademoiselle….—Mon cher docteur, vous m'avez sauvé la vie, n'est-ce pas?—Eh bien … oui, je vous ai sauvé la vie.—Achevez votre oeuvre; n'oubliez pas que vous me ferez mourir de chagrin s'il y a un procès criminel.»

Le médecin serra la main de Geneviève et sembla lui promettre, en ne disant plus un mot, qu'il ne parlerait pas de l'empoisonnement.

Octave avait éparpillé toutes les roses. Le médecin les ramassa en disant: «Vous me permettrez au moins, pour mon amour de l'étude, d'emporter le bouquet, cela paiera ma visite de ce matin.»

Le médecin réunit les roses et les emporta, sans oublier le ruban rouge. «Eh bien! dit Mlle de La Chastaigneraye à M. de Parisis quand ils furent seuls, que pensez-vous de cela?—Je pense, ma cousine, qu'il n'en faut rien penser du tout.»

XXXVII

L'ADIEU DE VIOLETTE

Or que se passait-il hors de l'église?

Violette ne s'était pas consolée avec le grand d'Espagne des volageries d'Octave; elle avait beau comprimer son coeur, le premier amour était là qui parlait haut. Un instant, quand elle s'était jetée dans la vie d'aventures, elle avait espéré oublier le duc de Parisis; mais cette fatale image était revenue plus despotique que jamais, s'imposant par toutes les fascinations. Elle voulait devenir une femme forte; mais elle avait beau mettre tous les masques qui cachent le coeur, la pauvre petite Violette se réveillait toujours tendre et douce. Aussi c'était pitié de lui voir jouer la haute comédie des coquines.

A peine Octave était-il parti pour Parisis, qu'elle fut prise d'un grand désespoir pour s'être vengée à Dieppe. Puisqu'il s'était affiché avec elle, c'est qu'il l'aimait. Elle aurait dû se résigner à ses fantaisies. Elle ne doutait pas qu'en reprenant sa douceur des premiers jours, elle ne reconquît son amant.

Elle alla pour le voir à son hôtel le soir même de son départ. Un des domestiques d'Octave, qui voulait du bien à Violette et qui croyait que son maître s'ennuyait à Parisis, lui conseilla d'aller le retrouver au château, où sans doute il serait ravi de la voir arriver. Rien n'est impossible à une femme amoureuse: elle partit pour Parisis le jour où l'on faisait à Champauvert la lecture des testaments.