Le duc de Parisis la reçut avec une grâce toute respectueuse, mais avec cette douceur pénétrante qui va jusqu'à l'âme. La duchesse n'avait plus peur d'elle, parce qu'elle n'avait plus peur de lui.
Elle était allée jusque dans la chambre d'Octave, sous prétexte de voir des émaux de Léonard Limousin et une Vierge de Pérugin. Tout à coup la pendule sonna trois heures.
C'était l'heure du diable qui sonnait.
La duchesse tressaillit. La même pensée avait traversé son âme et l'âme d'Octave. «Une heure à moi! se disait-il.—Une heure à moi!» se disait-elle. Se comprirent-ils? Octave prit les mains de la duchesse et la regarda avec des yeux allumés dans l'enfer. Elle pâlit, elle chancela, elle voulut fuir. «Non! lui dit-il, en joignait ses mains autour de son cou. Non! je t'aime!»
Elle voulut se dégager. Mais la douceur des mains la retint.
Octave l'embrassa sur les cheveux et sur les yeux pour l'aveugler; ses lèvres égarées brûlèrent le front et tuèrent la vertu. La nature reprenait ses droits: l'âme était étouffée, la femme éclatait à travers l'ange. «Eh bien! oui, dit-elle dans son égarement, je veux t'aimer pendant toute une heure!»
Elle répandit ses cheveux d'or sur son front comme pour voiler sa rougeur.
C'était l'heure du diable. Interrogez Satan, il vous racontera comment on perd le ciel.
Quatre heures sonnèrent leur douce sonnerie à la pendule d'Octave. Cette douce sonnerie, ce fut pour la duchesse la trompette du jugement dernier. Il lui sembla que le monde allait trembler, que les étoiles tombaient déjà du ciel et que le soleil se voilait la face.
Mais rien n'avait changé autour d'elle. Elle leva la tête: la Vierge de Pérugin la regardait toujours avec le même sourire.