La nuit était venue peu à peu. Violette se leva pour se rapprocher de la fenêtre. Octave la suivit. «Je vais partir,» lui dit-il. Ce simple mot tomba dans le coeur de Violette comme le glas de la mort. Il lui sembla que c'était la dernière fois qu'elle voyait Parisis.

Parisis! l'amour et la mort dans sa vie; Parisis! tout ce qu'elle avait aimé depuis qu'elle n'aimait plus que lui. «Vous allez partir!» répéta-t-elle d'une voix lente et triste. Elle regarda Octave qu'elle ne voyait plus bien.

Tout à coup, rejetant tout cet attirail de pieux mensonges qui voilait son coeur, elle se jeta dans ses bras et elle éclata en sanglots. «Violette, ma Violette, dit-il doucement, pourquoi pleures-tu? je t'aime!—Oh! dis-moi cela encore; je veux mourir, mais je veux mourir avec ce mot dans le coeur. Dis-moi encore que tu m'aimes!—Tu le sais bien!»

Octave entendait à peine Violette, tant ses paroles étaient coupées par les sanglots. «Mais je t'ai toujours aimée, ma Violette! Avant de te voir, je n'aimais pas, je ne cherchais que des aventures! Avec toi j'ai trouvé mon coeur.»

Et ainsi ils se dirent les choses les plus tendres et les plus senties. Tous les deux obéissaient à une de ces expansions qui jettent deux coeurs, deux âmes dans la même pensée. C'est l'amour à sa suprême période. Quand il a hanté ces divins sommets, il s'est épuisé à demi, il retombe de ses aspirations, il retrouve la terre et regrette le ciel. Mais le ciel n'est pas la patrie des hommes ni des femmes, même quand ils sont amoureux.

Violette retomba sur la terre, Il lui sembla qu'elle avait donné tout le feu de sa vie dans ce divin embrassement, son coeur battait à se briser, la fièvre l'avait envahie, le rêve brûlait son front. «Adieu, Octave! lui dit-elle tristement.—Adieu! je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre,» murmura-t-il.

Il tenta avec toutes ses grâces irrésistibles de perpétuer cette minute d'amour. Rien ne lui coûtait, pas même le mensonge. Il était de bonne foi avec Violette, puisqu'il venait de retrouver son coeur dans le sien. Il lui dit qu'il voulait vivre avec elle et vivre pour lui. «Vivre pour moi, dit-il, n'est-ce pas vivre pour toi! Vivre pour toi, n'est-ce pas vivre pour moi!» Et comme Violette semblait douter: «Tu sais mon dédain des plus hautes ambitions; j'ai toujours dit que l'amour était le premier et le dernier mot de la vie. Avoir à son bras une femme, si je l'aime et si elle m'aime, c'est avoir le souverain bien. Nous habiterons Parisis et nous serons heureux.»

Ces derniers mots, quoique bien naturellement et bien tendrement dits, ramenèrent Violette à la raison. Elle ne put s'empêcher de penser que si Octave eût parlé à Geneviève, il ne lui eût pas dit: «Nous habiterons Parisis et nous serons heureux.» Elle traduisit ainsi ces mots: «Nous serons heureux à Parisis, mais nous ne serions pas heureux ailleurs, parce que Paris répudierait un pareil bonheur.»—Non! dit-elle, on n'est heureux nulle part avec Violette, parce que Violette, au lieu d'apporter sa part de bonheur, n'apporterait que les larmes du repentir.—Pourquoi le repentir? Quel est ton crime? Maintenant que je te connais, je sais que tout cela n'était qu'un jeu cruel pour me punir. J'ai mérité d'en souffrir, j'en ai souffert, mais j'ai oublié.»

Octave avait reprit la tête de Violette sur son coeur. Elle n'eut pas le courage de relever la tête. Pendant cinq minutes encore, elle continua ce doux rêve d'être aimée. «Et pourtant, murmura-t-elle, si je voulais être heureuse!»

Pauvre fille! elle ne savait pas que la volonté qui brave tous les obstacles s'arrête frappée de mort devant ce château de cartes qui s'appelle le bonheur.