Rien n'est plus malaisé à une femme que de garder l'auréole de toutes ses vertus, même quand elle reste vertueuse; si elle valse, on ne lui permet pas de valser avec un homme, sous prétexte que la valse est un cercle de flammes agité par l'enfer; c'est le tourbillon du diable. Si deux femmes valsent entre elles, ce qui est un adorable tableau, la malignité publique les accuse pareillement: pourquoi ces enlacements, ces serpentements, ces ondoyements, si ce n'est pour braver la nature? Dans les bals, qui ne se rappelle avoir vu valser Mme de Montmartel et Bérangère? C'était la fête des yeux: tantôt Bérangère appuyait sa joue sur le sein de celle qui l'entraînait, tantôt elle renversait la tête avec l'abandon de la bacchante. Toutes les deux gardaient pourtant les attitudes chastes des femmes du monde, mais cette chasteté même ne donnait que plus de saveur à leur emportement.

Quand elles se rencontraient, elle se jetaient au cou l'une de l'autre, avec toute la passion de la beauté pour la beauté, et les bras s'entrelaçaient si bien pendant l'étreinte, qu'un jour la Chanoinesse rousse leur dit en souriant: «Prenez garde, vous y resterez!»

C'est que la Chanoinesse rousse ne croyait pas à l'amitié des femmes. Je ne suis pas si sceptique; si Bérangère et Mme de Montmartel s'embrassaient si éperdument, c'est—qu'elles s'aimaient beaucoup.—

XIX

LES POIGNARDS D'OR

On a quelque peu parlé aussi de cette jeune beauté extravagante qui voulut se faire justice d'un coup de poignard; les journaux ont imprimé une page de son histoire en hasardant les initiales de son nom.

Disons cette histoire sans jeter ce nom très respecté à la curiosité romanesque: nous nommerons Mlle Wilhelmine.

Elle était douce comme si toutes les bonnes fées fussent venues à son berceau; mais, sans doute, la mauvaise fée aussi l'avait frappée de sa baguette.

Wilhelmine fit son entrée dans le monde au milieu des enthousiasmes. Combien d'amoureux qui se fussent sacrifiés pour elle! Beaucoup de beauté, beaucoup d'argent, beaucoup d'esprit. Mais sur tout cela la raison ne répandait pas sa lumière. Wilhelmine se conduisait comme une folle, disant à tout propos: «Je ne suis pas maîtresse de moi.»

Sur son cachet elle avait fait graver la sentence arabe: C'est écrit là-haut, faisant ainsi Dieu responsable de toutes ces équipées.