Mais Octave ne voulut plus être heureux en France, disant qu'il fallait laisser cela aux Anglais.
Rebecca était une fille de trop d'esprit pour insister: elle n'avait pas l'habitude, d'ailleurs, de s'éterniser dans un amour; elle changeait d'amants comme de bottines: c'était la fille la mieux chaussée du monde.
A Paris, Octave revit ça et là Mlle Rebecca. Il lui trouvait une saveur mi-anglaise, mi-française à nulle autre pareille. Un jour il lui fallut aller à Saint-Lazare, puisque Mlle Rebecca avait été surprise avec quelques dames de bonne compagnie dans une maison surnommée la maison de Sapho, une succursale de l'hôtel du Plaisir-Mesdames, où l'on jouait dans les entr'actes.
Rebecca ne se releva pas de cet échec; quand cette fille violente, femme de tempêtes dans un verre d'eau, sortit de Saint-Lazare au bout de trois mois, elle tomba malade de fureur. Les bons jours étaient déjà passés pour elle.
Dans son théâtre, ses meilleures amies disaient qu'elle avait donné des représentations à Saint-Lazare. On la remercia. Ses amants eurent peur d'être là dans sa déchéance. Elle perdit tout en quelques semaines et retomba malade.
Octave, qui oubliait toutes les filles galantes sans jamais vouloir retourner la tête, eut la fantaisie de revoir encore Rebecca. Croyait-il qu'il retrouverait tout d'un coup dans sa compagnie je ne sais quelle chanson de jeunesse, je ne sais quel parfum de chèvrefeuille, je ne sais quel tableau d'orgie à couleurs éclatantes? C'était l'ivrogne qui a gardé le souvenir d'un mauvais cabaret où il a bu une bonne pinte.
Octave alla boulevard Malesherbes pour retrouver la comédienne de hasard. Mais ces oiseaux-là ne perchent pas longtemps sur la même branche; tantôt c'est un coup de vent qui les jette loin de là; tantôt c'est un rayon qui les appelle plus loin; quelquefois l'orage les emporte avec le rameau brisé.
Parisis entra dans la maison qu'il connaissait bien; mais l'éternel «Qui demandez-vous?» l'arrêta au passage. Quoiqu'il n'eût pas l'habitude de répondre aux voies harmonieuses du rez-de-chaussée, il répondit qu'il demandait Mlle Rebecca. Sur quoi on lui répliqua qu'il y avait belle heure que Mlle Rebecca n'habitait plus son appartement. «—Elle est rue des Martyrs, 16—pour en faire encore des martyrs.»
Ce fut pour Octave une vraie surprise; il avait jugé que Mlle Rebecca ne devait pas déchoir; or, retomber du boulevard Malesherbes, où elle occupait un appartement de deux mille francs par mois,—quatre salons, ameublement en bois de rose, écurie pour quatre chevaux,—dans la rue des Martyrs, où les filles les plus huppées ne payent pas deux cents francs par mois, c'était une vraie déroute.
Octave alla rue des Martyrs, non plus pour chercher une heure de gaieté, mais pour consoler celle qui venait d'être vaincue dans son ascension. «Mlle Rebecca? demanda-t-il.—Mlle Rebecca n'est plus ici. Elle est à l'hôpital Beaujon.»