Octave attendit. Il ne craignait pas de trop s'ennuyer, car il y avait au château une armée d'ouvriers. Le spectacle du travail des autres est une vive récréation pour l'esprit, surtout quand le travail des autres est pour soi-même. En l'absence de l'architecte, Parisis pouvait donner de bons conseils pour les détails de la restauration du château. Il n'était pas né artiste, mais il avait le sentiment de l'art dans toutes ses faces, peinture, sculpture, architecture, art antique, art chrétien, art de la Renaissance, art rococo, art moderne; supérieur en cela à Monjoyeux lui-même, qui était absolu dans son style, qui n'aimait pas Louis XII et qui eût massacré les plus jolis motifs pour métamorphoser à son gré le caractère du château.

Octave ne croyait pas que Violette fût morte. Toutefois son souvenir attristait encore la solitude de Parisis.

III

LE DÉFI A DIEU

Ce jour-là, Octave feuilleta la bibliothèque du château. Il avait ouvert cinquante volumes. Il avait traversé à vol d'oiseau, on pourrait dire à vol de hibou, toute l'histoire des philosophes, mais pénétrant surtout dans les sciences occultes, quoique le caractère de son esprit l'appelât toujours dans les régions lumineuses.

C'était un dimanche. Tout le monde du château était à une fête voisine. Il n'avait voulu retenir personne. Il était donc seul. Le soir amenait l'ombre, le ciel s'était voilé. Il se rappela qu'il n'était pas allé à la chapelle, on lui avait remis depuis longtemps les clefs de la crypte.

Il était presque nuit quand il entra dans la chapelle.

A la mort de son mari, la duchesse de Parisis eut une telle horreur de la nuit qu'elle ne dormit jamais sans lumière, pareille en cela à Mme de Montespan qui se voyait déjà dans le linceul dès que l'ombre se répandait sur elle. Quand on descendit à son tour la duchesse de Parisis dans la chapelle souterraine, Octave qui savait avec quelle terreur sa mère envisageait la nuit, voulut qu'une lampe brûlât perpétuellement devant son tombeau.

Aussi dès qu'il ouvrit la porte de la crypte, il vit passer un pâle rayon de lumière. Il descendit avec une sourde émotion, s'efforçant de ne voir dans la mort que la mort elle-même, voulant supprimer les sombres cortèges que lui font les poètes et les visionnaires. Quand il fut aux derniers degrés de l'escalier en spirale, il s'arrêta, regarda tous les cercueils et les salua avec piété.

C'étaient pour la plupart des cercueils de pierre et de marbre, tous rangés autour d'un autel où le jour des Morts le curé de Parisis venait dire la messe. Quelques-uns des cercueils, les derniers, étaient en bois de hêtre recouvert de velours à clous d'argent. C'étaient les derniers venus. Parisis retrouvait parmi ceux-là son père et sa mère. Il vint se pencher au-dessus et appuya les deux mains comme s'il touchait les deux morts bien-aimés.