La marquise était seule à Paris: il devait la retrouver, à Fontaneilles ou à Ems. Depuis qu'elle aimait Octave, elle avait pâli, elle ne respirait qu'à moitié, la fièvre la prenait souvent; son médecin avait conseillé au marquis de la conduire à Ems pour y faire une saison, ne fût-ce même qu'une demi-saison. L'eau providentielle d'Ems et l'air balsamique des montagnes voisines devaient effacer ces premières atteintes d'une irritation de poitrine. Il était convenu que si Mme de Fontaneilles se décidait à aller à Ems, elle y emmènerait sa jeune soeur, cette jolie Clotilde de Joyeuse, ces dix-sept années qui s'éveillaient légères et souriantes sous la plus belle chevelure rousse qui eût rayonné en France depuis Mlle de Fontanges.

Mme de Fontaneilles, ne savait que faire; tous les matins elle se décidait à partir pour la terre de son mari, toutes les après-midi elle se décidait à aller à Ems, mais tous les soirs elle se décidait à rester à Paris. C'est que tous les soirs elle recevait la visite de Parisis.

Mme de Fontaneilles, une fois dans la bataille, n'avait pas défendu son coeur. Elle avait donné son âme, mais elle défendait sa vertu, comme si on pouvait faire deux parts, une pour Dieu et une pour le diable.

Octave ne doutait pas de son triomphe. Un soir déjà, la marquise était tombée presque évanouie dans ses bras, en lui disant qu'elle voulait mourir. Elle s'avouait vaincue, mais elle le suppliait à mains jointes de la tuer dans ses embrassements, afin qu'elle ne se réveillât pas.

Elle versa tant de larmes ce soir-là, que Parisis se sentit désarmé. Une femme qui se donne est quelquefois plus difficile à prendre qu'une femme qui résiste; une femme qui combat est plus près de sa défaite qu'une femme qui se croise les bras, parce que l'enivrement du combat la précipite dans sa chute.

Le lendemain de cette soirée mémorable, M. de Parisis pensa bien sérieusement à ne plus revoir la marquise. Il prévoyait une passion violente qui déborderait de ses rives: rien ne pourrait l'arrêter ni la contenir: il en serait lui-même submergé, malgré son habitude de fuir toujours le mal qu'il causait. M. de Morny, qui le connaissait bien, disait de lui: «Parisis met le feu aux monuments, mais il ne se laisse pas consumer; il ne s'inquiète même pas s'il y aura des pompiers.»

Mais la sagesse n'a jamais raison des hommes: si Parisis fût retourné à Parisis, tout le monde eût été heureux, lui tout le premier, mais surtout la duchesse de Parisis, mais surtout la marquise de Fontaneilles.

Pourquoi ne partit-il pas? Parce qu'il n'avait pas encore perdu l'habitude des conquêtes. C'était Napoléon qui voulait aller à Moscou; le conquérant des femmes est comme le conquérant des villes, il ne veut jamais rebrousser chemin, même s'il doit mourir en chemin.

Le duc de Parisis ne partit pas, parce qu'il n'était plus maître de lui, parce que la terrible destinée des Parisis allait bientôt se montrer dans toute son horreur.

XX