Il était parti lui-même, pressentant un malheur.
Monjoyeux n'avait qu'un ami: il veillait sur lui. Il ne voulut rien dire au prince, craignant que cet évaporé ne mît le feu aux poudres.
Le duc de Parisis rentra à l'hôtel d'Angleterre à onze heures, avec la marquise de Fontaneilles et Mlle de Joyeuse. Il avait dîné avec elles dans une villa voisine.
Le duc et la marquise ne s'étaient pas dit un mot d'amour, mais quelle adorable causerie des yeux!
A l'hôtel, Octave serrant la main de Mme de Fontaneilles, avait dit tout haut: A demain, pour Mlle de Joyeuse, mais il avait dit tout bas: A minuit.
Et il était sorti pour passer l'heure d'attente à la salle de jeu.
XXXII
OU ÉTAIT LA DUCHESSE DE PARISIS?
Elle était arrivée à la station d'Ems à une heure; elle s'était logée tout à côté en donnant un nom quelconque; elle s'était bientôt hasardée dans les promenades qui bordent la rivière, mais se dérobant à chaque instant pour n'être pas reconnue.
Elle avait bientôt vu ce qu'elle brûlait de voir, ce qu'elle n'aurait pas voulu voir: Parisis se promenant avec Mme de Fontaneilles et Mlle de Joyeuse. La jeune fille n'était pas pour les amoureux un témoin bien embarrassant, car elle courait les buissons et ne s'occupait ni de leurs oeillades ni de leurs causeries. Au détour d'une allée, comme Geneviève s'était approchée, emportée malgré elle, elle avait vu Parisis qui saisissait la marquise par la ceinture pour l'embrasser en plein soleil. «Ah! c'est un coup de poignard,» dit-elle en portant la main à son coeur. Elle voulut se montrer, mais elle eut le courage de se contenir et de s'en aller, craignant un éclat public, car des promeneurs s'étaient approchés.