«Je connais cela, dit Octave, le mot jamais se traduit souvent par vingt-quatre heures. Si la nuit porte conseil, c'est aux femmes. Demain Marguerite, un peu moins offensée que cette nuit quand j'd baisé ses cheveux, taillera encore sa plume pour écrire à Faust.»
Octave respira la lettre et y reconnut une vague et lointaine odeur de violette. Elle était écrite sur du papier anglais sans armoiries.
Octave avait brisé le cachet sans le regarder; il ramassa l'enveloppe tombée à ses pieds et y retrouva écrit en arabe ce mot: «C'EST LA!» qui le poursuivait depuis minuit. «Voyons la seconde lettre; elle va peut-être m'expliquer la première,» murmura Octave.
Avant de briser le cachet, il le regarda; il y vit une couronne de comtesse, mais on avait brouillé l'écusson. «C'est peut-être une vraie comtesse,» dit-il.
C'était une écriture anglaise sur du papier français. Il lut:
Figurez-vous,—Monsieur et ennemi, puisque vous m'avez fait la cour,—que je vous écris avec un loup sur la figure pour me cacher à moi-même ma rougeur.
Oh! la curiosité! Vous allez me trouver trois fois folle; je voudrais maintenant que toute la vie fût un bal masqué.
Comment s'amuser à visage découvert? On doit faire une si bête de mine quand on écoute un amoureux qui dit: Je vous aime; quand on lui répond sur la même musique: je ne vous aime pas.
Le malheur, c'est que les bougies sont éteintes et que le masque est tombé.
Irez-vous au bal de la Cour? Je vous verrai après-demain chez la plus spirituelle des ambassadrices, mais ce sera comme à l'Opéra, où la musique empêche d'entendre les paroles.