A dix heures, Violette, jalouse par pressentiment, alla chez Octave qui lui avait dit qu'il ne sortirait qu'à onze heures pour aller au club.
Octave venait de sortir, elle monta en se disant qu'elle attendrait. Il lui arrivait çà et là de lui faire cette amoureuse surprise; pourvu qu'elle ne vînt pas chez lui de deux heures à quatre heures, il lui permettait toutes ses fantaisies.
Dès qu'elle fut chez lui ce soir-là, tout naturellement elle trouva le billet de la comtesse d'Antraygues. Il n'était pas long, mais il était explicite.
Violette fut frappée comme d'un coup de poignard. Elle pâlit, elle chancela, elle tomba sur le canapé presque évanouie, «Et moi aussi, dit-elle, j'en mourrai!»
Une volonté subite la ranima. Elle relut la lettre. Le hasard fait bien tout ce qu'il fait: sur la cheminée, près de la lettre, elle vit un petit revolver qu'elle connaissait bien. C'était un vrai bijou. Parisis le lui avait plus d'une fois montré en lui disant: «N'interroge jamais cette bête-là, parce qu'elle te répondrait dans l'autre monde.»
Violette appuya sur son coeur la bouche du revolver. «Non! dit-elle, je veux mourir sous ses yeux.»
Mais où était-il? Les femmes savent tout. Le matin, Violette était allée au parc Monceaux, cueillir des herbes pour ses oiseaux: elle avait vu Octave qui fumait dans l'avenue de la Reine-Hortense et qui regardait les fenêtres d'un hôtel. «C'est cela, dit-elle, je me suis sentie jalouse, je ne me trompe pas!»
Et, presque folle de désespoir, elle courut avenue de la Reine-Hortense.
«Mais s'il est entré!» dit-elle.
M. de Parisis avait passé par le club pour bien s'assurer que M. d'Antraygues, le joueur obstiné, était bien à une table de baccarat.
Octave serait donc ce soir-là le plus heureux homme du monde parisien.—C'était entre onze heures et minuit,—l'heure féconde où se nouent et se dénouent presque toutes les comédies amoureuses. Les drames et les tragédies pour tout de bon ne commencent qu'après les dernières scènes de l'Ambigu et de la Comédie-Française.