Mais il fut brave dans son rôle, car il était bon comédien dans la vie. Il commença par demander deux salons et quatre chambres à coucher pour Violette. «Madame la comtesse attend du monde? dit un garçon très savant en art héraldique: il avait vu une couronne de duc sur le phaéton et sur les harnais.—Oui, répondit Parisis, madame attend sa mère, sa grand'mère, son oncle l'archidiacre et sa tante la chanoinesse.»

Il dit cela assez haut pour être entendu de tout le monde. «Pour moi, ajouta-t-il, il ne me faut qu'une chambre à coucher et un cabinet de toilette. J'oubliais: une écurie pour huit chevaux.»

Quoiqu'il n'y eût que des sceptiques autour de lui, il parla si naturellement que nul n'eût osé dire qu'il raillait. On le tenait d'abord pour un homme si fantasque et si invraisemblable, que les choses les plus impossibles n'étonnaient pas trop avec lui.

Il avait mis pied à terre. Mlle Violette sauta dans ses bras. Il la confia à une fille de service et alla gaiement serrer la main à quelques amis de turf et de club. «Quelle est donc cette belle ingénue? lui dit l'un d'eux.—Je ne la connais pas, dit froidement Octave; elle venait à Dieppe, nous avons voyagé ensemble; elle m'a offert une cigarette et nous sommes les meilleurs amis du monde; mais je n'ai vu ni son signalement, ni son dossier, ni ses états de service. Je crois qu'elle est encore à sa première campagne. Je n'en dirai rien, car je n'ai pas fait la guerre avec elle.»

M. de Parisis s'assura que ses chevaux seraient bien logés et qu'ils auraient une bonne table; après quoi il monta, sans se faire prier, au troisième étage.

Une demi-heure après, il se jetait à la mer. Une heure après, il écoutait sur la plage, en compagnie de quelques fumeurs, la musique du Casino, une vraie musique normande. A six heures, il dînait avec ces dames de la Cour, qui ne cessaient de l'interroger sur sa compagne de voyage. A huit heures, il était sur la jetée avec Violette, qui ne pouvait comprendre pourquoi la mer faisait tant de chemin sans avancer. A dix heures, il jouait aux jeux innocents avec les dames de la Cour. A onze heures, il improvisait un lansquenet. A minuit….

Ici le romancier tourne la page.

XXXI

SUR LA PLAGE

Le lendemain, Octave alla voir ses amis au spectacle des baigneuses. Ils avaient tous des lorgnettes et regardaient les jolies évolutions de ces dames, comme on regarde les danseuses à l'Opéra.